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Le Grand Moulin, ou « Moulin au Vicomte »…

Ce moulin fait partie des très rares moulins à eau installés dès le XIe siècle, et fut bâti par les Vicomtes de Beaumont, ceux-là mêmes qui construisirent la première enceinte et le donjon de Sainte-Suzanne. Au début, ce premier édifice était vraisemblablement en bois et de volume plus modeste. C’était un moulin banal, c’est-à-dire que le seigneur prélevait une partie (la « banalité ») de la mouture, correspondant environ au seizième du grain apporté par le paysan. Dès le XIIe siècle, le seigneur de Beaumont dota l’abbaye d’Étival-en-Charnie, des revenus du Moulin au vicomte, qui donna son nom au hameau qui l’entoure : le Grand-moulin. Le propriétaire tirait également un grand parti de la vente des poissons prélevés dans les biefs : en 1850 par exemple, un meunier pouvait pêcher dans l’Erve jusqu’à 50 kg d’anguilles en une seule nuit grâce à des nasses astucieusement disposées au fil de l’eau.

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Grand-moulin 1            Ce moulin s’agrandit au fil des temps, pour répondre aux besoins de la population. Il fallait environ un moulin pour 500 à 600 habitants. Il était le seul du village à disposer de trois paires de meules, tout comme le moulin de Thévalles à Chémeré-le-Roi. Il s’est toujours adapté au modernisme et dispose encore à l’heure actuelle, et depuis 1850, du mécanisme dit « à l’anglaise ». À la fin du XIXe siècle, c’étaient les grands parents de Fernand Bourdin qui étaient meuniers. Auguste Bouttier, qui était garde-champêtre dans les années 1940-1950, fut le dernier occupant locataire de ce lieu, et c’est dans les années 1950 que le moulin s’arrêta définitivement, concurrencé par les grosses minoteries. Le Grand Moulin fonctionna donc pendant neuf siècles environ…

            Il fut acheté dans les années 1965 par les Éclaireurs de France de Paris pour en faire un Centre de vacances durant l’été. Ils respectèrent le bâtiment en lui conservant toute sa mécanique. Il est le seul moulin de Ste-Suzanne à posséder l’intégralité de son matériel. Ce sont ensuite M. et Mme Oury, habitants d’Antony (94), qui l’achetèrent vers 1975 et révisèrent toutes les toitures, en respectant tout autant sa vocation de moulin.

L’Association des Amis de Sainte-Suzanne avait lancé dans les années 1990, la promenade des moulins, que nous avions mise au point après des recherches, et testée auprès des vacanciers VVF. Madame Oury savait que nous étions éventuellement à la recherche d’un moulin à Sainte-Suzanne pour présenter l’extraordinaire vitalité industrielle qui faisait fonctionner la vingtaine de moulins sur les deux kilomètres de rivière. Elle accepta de nous laisser deux années pour trouver le financement, et c’est fin 1999, début 2000 que le moulin fut acheté par la Communauté de communes, la Commune et l’association, à raison de 1/3 du prix chacun. La décision fut prise que la Communauté de Communes en serait propriétaire.

            Deux gros problèmes sGrand-moulin 2ubsistaient pour que ce moulin reprenne vie : d’une part l’aménagement du plan d’eau en aval du Grand Moulin, dans les années 1970, avait élevé le niveau de 1,90 m environ, ce qui rendait impossible la rotation de la roue du moulin, et d’autre part la disparition de « la piscine », ancien bassin d’amenée au moulin, en 1980, et son comblement par des gravats. Les techniciens du Bassin de l’Erve travaillent depuis plusieurs années sur la « renaturation » de la rivière à cet endroit, et chacun a pu constater que la rivière gazouille comme autrefois, vive et oxygénée, et la dernière « pêche électrique » a prouvé que cette rivière de 1ère catégorie a retrouvé rapidement sa faune piscicole d’autrefois. Le Bassin de l’Erve vient d’ailleurs d’obtenir le Trophée de l’eau 2011 du Bassin Loire-Bretagne pour ce projet.

            Le Grand Moulin est donc en grand chantier. Il sera le seul moulin de France à présenter une roue qui fera tourner deux types de moulins : un moulin à farine et un moulin à papier, Sainte-Suzanne ayant été de 1544 à 1850 environ le plus grand centre papetier du Maine. Des ateliers pédagogiques (fabrication du pain et du papier), ont déjà lieu depuis plusieurs années, et les actuels travaux menés par la Communauté de Communes dans l’ancienne écurie nous permettront d’installer plus tard la billetterie dans le petit bâtiment neuf, et deux salles d’activité (ou éventuellement d’exposition l’été).

  Les travaux vont se poursuivre en 2012 dès que le second droit d’eau sera obtenu (un premier avait déjà été obtenu en 2004), par l’aménagement des terrains autour de la rivière (avec amenée d’eau au moulin du Pont-Neuf), le creusement du bief aval, la restauration de la roue et l’intérieur du moulin. Ce projet est financé à hauteur de 80% par l’Europe, l’État, la région, le Département.

            Avant les années 1970, Grand-moulin 3toutes les fêtes importantes avaient lieu au Grand Moulin : fêtes de la piscine, séances de cinéma, bals-parquets, concours de pêche, concours des bateaux fleuris. Les anciens Suzannais se souviennent de la présence, pendant et juste après la dernière guerre, de l’équipe de France venue s’entraîner ici, notamment de Jean Taris (recordman du Monde, vice-champion olympique, champion d’Europe et de France…) et de ses coéquipiers.

            Le Grand Moulin s’est endormi durant une quarantaine d’années. Ce n’était qu’un long sommeil avant son réveil actuel. Après tout, ce n’était qu’une petite parenthèse sur ses neuf siècles d’existence….

 

Gérard Morteveille