L'école Perrine-Dugué garde ses trois classes
La nouvelle est tombée mardi soir. L'école publique Perrine-Dugué gardera ses 3 classes au grand soulagement de l'équipe enseignante, des parents d'élèves. Cependant les parents sont conscients que « cela ne résout pas le problème pour les prochaines années, il faudra repenser l'organisation de l'éducation de nos enfants afin de pérenniser un enseignement de qualité. Deux écoles sur la commune rendent la survie de chacune d'elle difficile. » Les parents affirment en outre « vouloir rester solidaires des autres écoles. »

Les élus, parallèlement au cas de Sainte-Suzanne, estiment le système actuel suranné.

"On ferme des classes, dans chaque commune tour à tour, en fonction de l'évolution des naissances, de la moyenne d’âge des lotissements... Ici on inaugure, quelques kilomètres plus loin on ferme... Ce mouvement de yo-yo lié aux mouvements démographiques ne peut être résolu que par une planification plus rationnelle, qui devrait relever de l'intérêt communautaire.
Il semblerait normal, même si c'est iconoclaste, que ce problème soit traité à ce niveau.
L'absence actuelle de solidarité des communes sur ce plan, sauf très ponctuellement par mini-RPI, fait le jeu des décisions centralisées et purement comptables. Les élus ont bien réussi localement à déterminer des pôles d'activité industrielle, artisanale ou touristique... Pourquoi ne pas concevoir des pôles scolaires localisés judicieusement, c'est-à-dire en visant un temps d'accès équitable des enfants aux équipements via les transports scolaires? Plusieurs communes du territoire ont vu leur population augmenter sensiblement; or elles n'ont plus d'école depuis longtemps... La corrélation directe entre la présence physique d'une école et la survie du village est une bien fragile croyance.

Si nous n'avons pas de réflexion responsable au bon niveau, ce jeu continuera éternellement : chaque commune montera successivement sur la sellette, et l’intérêt des enfants quant à la stabilité et à la qualité de leur cursus scolaire sera tous les ans remise en cause… Car in fine ce sont eux qui pâtissent du système actuel. Est-ce bien raisonnable pour leur avenir ?"

 Perrine

Enfants, enseignants, parents et élus à l'école Perrine-Dugué le 2 février 2012.


      Mairie de

SAINTE-SUZANNE

     (Mayenne)

 

    

         Le Maire

Sainte-Suzanne, le 30 Janvier 2012

 

Madame Solange DELOUSTAL
Inspection d’Académie

Rue Mac Donald

53000 LAVAL

 

Objet : projet de suppression d’un poste à l’école publique Perrine-Dugué de Sainte-Suzanne.

 

Madame l’Inspecteur d’Académie,

 

Le Conseil municipal de Sainte-Suzanne a appris par la presse et par les syndicats d’enseignants votre projet de supprimer officiellement un poste d’enseignant à l’école publique Perrine-Dugué de Sainte-Suzanne (en principe 51 élèves à la rentrée prochaine).

 

La Municipalité s’élève contre ce projet, au moment où l’école privée Sainte-Marie, qui ne compterait à la rentrée prochaine qu’un élève de plus (-52 élèves pour 3 enseignants -), et qui se trouve dans des états de vétusté et de sécurité très préoccupants, voire alarmants, risque elle-même de connaître une fermeture à plus ou moins brève échéance. Si tel était le cas, une partie des élèves de cette école se tournerait naturellement vers l’école publique, et rien n’assure alors que nous obtiendrions le poste correspondant.

 

Par ailleurs votre éventuelle décision de suppression de poste ne manquera pas de raviver la guéguerre école publique/école privée puisque, pour un élève de plus, l’école Sainte-Marie conserverait ses trois enseignants. Votre décision apparaîtra inévitablement comme une provocation.

Depuis près de quatre ans, le Conseil municipal a fait beaucoup d’efforts pour rapprocher les enfants et les familles des deux écoles (garderie et cantine communes, marché de Noël commun, activités Piscine simultanées et gratuites…). Nous nous passerions bien de cette polémique, que votre décision entraînera inévitablement… Est-ce judicieux dans le contexte actuel ? Est-ce l’objectif ?

 

La baisse des effectifs est surtout due à la mévente des parcelles dans le lotissement privé du Portail ouvert à l’automne 2008, précisément au moment où, du fait de la crise, les banques ont cessé de prêter aux acquéreurs potentiels, jeunes couples de salariés pour la plupart. Depuis, Sainte-Suzanne a fait beaucoup d’efforts pour se développer et notre population ne baisse plus ; elle augmente même légèrement depuis 2008. Mais si nous enregistrons, depuis cette même année, une moyenne de 9 mariages par an, le nouvel essor ne se réalise pas du jour au lendemain ; la mesure que vous prenez fait l’effet d’un coup de poignard dans le dos de notre Commune, au moment où elle essaie de s’en sortir.

 

Par ailleurs, le passage à deux classes compliquerait singulièrement le découpage possible entre deux enseignants, compte tenu du nombre d’élèves attendus dans chaque classe à la rentrée prochaine (11 CM2 / 7  CM1 / 7 CE2 / 10 CE1 / 6 CP / 2 GS / 4 MS / 4 PS = 51 élèves). Nous sommes fondés à penser que ceci conduira à plus d’hétérogénéité, plus de complexité, à une diminution de l’efficacité pédagogique et de la qualité de l’enseignement dispensé. Un « moins » sur tous les plans, tant pour les enseignants que pour les élèves.

 

Cette suppression de poste risque également de nous entraîner dans une spirale infernale : la dégradation plus que probable de la qualité d'enseignement, due a la multiplication des niveaux dans la même classe, entraînera un risque de migration de l'école publique vers l'école privée, qui garde, elle, tous ses enseignants (pour 1 élève de plus…), donc sa qualité d'enseignement, ce qui entraînera un autre effet pervers, de type financier.

 

Je passerai sur le fait que la Commune a rattrapé en 3 ans tous les efforts d’équipements réclamés depuis des années par les enseignants et a mis l’école aux normes sur bien des points (éclairage des classes, sécurité électrique, informatique, peintures, sanitaires etc…). Comme vous le savez, la dotation versée par la commune à l'école privée est fonction du coût d'un élève de l'école publique (ensemble des coûts de fonctionnement / nombre d'élèves) ;  la migration vers l'école privée va donc mécaniquement augmenter les subventions communales à l'école privée et les coûts de fonctionnement que devront supporter les seuls contribuables suzannais. Et par là, entraîner une diminution des maigres capacités d’investissement de la commune.

Au moment où le Conseil général et la Commune ont fait tant d’efforts pour la revitalisation économique, où nous militons aussi ardemment pour la création d’une Grande Communauté de communes des Coëvrons (-je suis à ma connaissance le seul membre du Comité de pilotage à avoir encouragé la prise en compte de la compétence scolaire-), pourquoi l’État nous applique-t-il une «triple peine» : suppression de notre Gendarmerie, d’un bureau de Tabac puis d’une classe de l’École publique ? Quel est le véritable but recherché ?

 

Dans tous les cas de figure, cette mesure d’affaiblissement tire l’école de Sainte-Suzanne -et même tout l’avenir de la Commune- vers le bas, et nous ne pouvons accepter cette dégradation.

 

Le Conseil Municipal de Sainte-Suzanne s’associe pleinement à l’inquiétude des enseignants et des parents d’élèves et vous demande donc de surseoir à ce projet de suppression de poste.

 

Je vous prie d’agréer, Madame l’Inspecteur d’Académie, l’assurance de ma considération distinguée.

 

 

Le Maire,

 

 

 

Jean-Pierre Morteveille